Accompagner son aîné dans l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite sœur : quelques conseils

L’arrivée d’un petit frère ou d’une petite sœur peut bouleverser un aîné. Découvrez des conseils concrets pour annoncer la grossesse, préparer les changements, accueillir ses émotions et favoriser une relation fraternelle sereine dès les premiers jours.

Jambes et pieds de trois enfants allongés sur un lit, portant des tenues assorties en maille beige, symbole de fratrie et vie de famille.

Agrandir la famille est synonyme de grand bouleversement ; cela peut être un grand bonheur partagé pour cette famille qui s'agrandit, comme de nouvelles difficultés auxquelles faire face, et ce notamment avec un aîné. 

En effet, à la différence d’une première grossesse qui elle aussi est bouleversante de bien des façons, une nouvelle grossesse après un ou des aînés ne concerne plus les parents. Le choix porté par les deux parents et les changements que celui-ci implique s’étendent aux émotions, repères, rythmes, besoins et habitudes des enfants déjà présents dans la famille. 

En psychologie du développement nous savons que dans la petite enfance, l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite sœur représente un réel tsunami émotionnel. Cela constitue alors un des changements majeurs de leur histoire, et marqueur dans leur trajectoire. 

Repensez à votre propre transition vers le rôle de parent. À votre identité propre et personnelle, s’est ajouté le statut et le rôle de parent. Nous avons généralement eu besoin de temps (et c’est bien normal !) pour assimiler et accepter ce rôle et cette nouvelle relation, trouver notre place dans cette nouvelle organisation, tenter de tendre vers un semblant d’équilibre entre vie personnelle, de couple, familiale, amicale, de travail, etc. 

Et pourtant, nous sommes des adultes, disposant de ressources, d’expériences, de compétences et de maturité émotionnelle nous aidant à traverser cette étape. 

Alors nous ne pouvons que tenter d’imaginer la hauteur et l’intensité de que ce changement implique et représente pour un enfant, avec l’immaturité émotionnelle et toutes les compétences dont il ne dispose pas encore à son âge. 

Heureusement, ils ont à leurs côtés une clé merveilleuse et précieuse : vous ! Votre présence, votre soutien, votre réassurance, votre adaptation sont les billes qui vont lui permettre de vivre cette grande étape avec plus ou moins de douceur. 

Quelques clés …

L’annonce

Les avis divergent au sujet de cette fameuse question : quand annoncer la grossesse à son enfant ? 

Ce qui est certain, c’est que les enfants n’ont pas notre notion du temps et les premiers mois qui ne présentent que peu d’éléments tangibles seront sûrement trop abstraits pour lui. Il est souvent conseillé d’en parler à partir du 2ème trimestre. 

Vous pouvez adapter et choisir le moment de l’annonce au sein de ce second trimestre selon ce que vous observez de votre enfant :

Semble t-il percevoir déjà des changements ? Observez vous des comportements nouveaux de sa part ? Est-il plus inquiet, agité, en demande de temps ou en colère (pleurs, cris, gestes impulsifs, peurs) ? Son quotidien est-il déjà bien impacté (ex : l’organisation a du changé car maman très fatiguée ou alitée) ?

En fonction de ces éléments, vous pouvez choisir de lui en informer plus ou moins tôt. Mettre des mots simples et prendre le temps de partager cette information lui permettra d’éviter tout un tas d’interprétations ou imaginations. 

Rendre plus concret 

Tenter de rendre cette grossesse plus concrète à ses yeux peut être aidant afin de visualiser et se projeter. Voici quelques pistes : 

  • Vous pouvez sortir les albums photos de votre première grossesse et de ses premiers mois de vie ; en partageant un temps de souvenirs et d’émotion, vous lui offrez l’opportunité de voir les différentes étapes à venir
  • Vous pouvez l'emmener voir des bébés dans votre entourage ; venir rendre visite à des proches en post-partum, prendre davantage de temps à observer et jouer aux parcs proche des espèces bébés, si votre enfant est en crèche vous pouvez demander à ce qu’il puisse peut-être passer quelques minutes dans l’espace des bébés, etc. 
  • Vous pouvez insérer dans ses jeux des poupons
  • Vous pouvez dans votre routine insérer des temps de lecture autour de l’arrivée d’un bébé

Quelques idées de livres : 

Proposer de l’impliquer 

Afin de profiter de cette arrivée prochaine pour consolider et vivre encore davantage des moments précieux de partage, vous pouvez proposer à votre enfant de s’impliquer à vos côtés. 

Certains enfants auront plaisir à regarder de près vos photos d’échographie, à vous appliquer votre crème ou huile pour le ventre, à sentir les coups et mouvements de bébé dans le ventre, à faire la sieste à vos côtés, à préparer avec vous des repas de batchcooking ou encore à choisir la poussette, la couleur de la chambre, le doudou, quelques vêtements, etc. 

Il s’agit dans ces temps bien d’une invitation, et non d’une obligation. Votre enfant est en droit de refuser, afin que les enjeux autour du futur petit frère ou petite soeur ne soient pas déjà vécus comme une contrainte ou assimilés négativement. 

Préparer cette nouvelle organisation à venir 

Au-delà de l’ajout d’un nouvel habitant dans le foyer et d’un nouveau membre au sein de la famille, c’est plusieurs repères quotidiens qui peuvent être amenés à changer ; qui m’amène et vient me chercher à la crèche ou à l’école, qui me donne le bain, me couche, qui est plus disponible pour jouer et courir avec moi, pour co-réguler mes émotions, …

Il est ainsi essentiel qu’en amont de l’arrivée de ce petit bébé, vous puissiez prendre un temps d’échange et de projection avec votre partenaire. Anticiper et préparer ces changements vous aidera à mieux réagir et vous adapter à cette nouvelle étape. 

Avec la fatigue, les douleurs, peut-être l’allaitement, maman sera peut-être et sûrement moins ou alors différemment disponible pour l'aîné. Ainsi, dans l’idéal qui ferait quoi ? Est-ce que maman garderait les temps précieux de la lecture du soir ou celui de prendre le petit déjeuner ensemble ? 

Avant même l’arrivée de bébé, ces changements et nouvelles organisations peuvent être mis en place. Ainsi, ils ne seront pas assimilés à l’arrivée concrète du petit frère ou petite sœur dans la maison, préservant alors les prémices de leur lien.

Votre amour lui va se multiplier, mais malheureusement, pas votre temps… ainsi votre enfant ayant eu la chance de connaître une dynamique antérieure moins partagée sera sûrement en besoin et en demande d’attention, de temps, d’amour et de réassurance. Et c’est bien normal. 

Il est alors fortement recommandé d’anticiper des moments rien que pour lui.Tout d’abord avec chacun de ses parents individuellement. Puis quand son petit frère ou petite sœur aura grandit et qu’il vous semblera possible de le faire garder quelques heures alors des moments tous les trois, comme avant. 

Il n’est pas nécessaire de viser des temps extravagants ! Mieux vaut un moment simple, peut être plus court, mais qui pourra réellement être mis en place en termes de fréquence et se ritualiser afin qu’il en devienne un réel temps qualitatif et ressourçant pour votre enfant. Parmi une multitude de repères qui bougent, ces temps immuables, réguliers et ancrés formeront son socle. 

  • aller aux marchés 
  • aller chercher le pain
  • aller faire une balade au parc
  • le temps du bain ou la lecture du soir
  • le petit dejeuner au lit du samedi matin
  • aller le chercher en fin de journée un soir dans la semaine

Pour des moments qui sortent de l’ordinaire de temps à autre, nous proposons chez Yada divers ateliers parents-enfants ; peinture, cuisine, yoga, massages … L’occasion de s’offrir une bulle de partage en dehors du quotidien. 

Accompagner ces émotions et ressentis

Votre enfant va ressentir toute une variété d’émotions bien différentes, de la joie, de la colère, de la peur, de la tristesse,  ainsi que de la curiosité, de l’amusement, du manque, des doutes. Et de par son âge, il ne sera pas en mesure de la gérer et canaliser. 

Votre rôle sera alors d’écouter, de verbaliser avec lui, de reconnaître son vécu et de l’accompagner dans la co-régulation de ses émotions. Il aura d’autant plus besoin de votre soutien et réassurance. Et plus vous accompagnerez en manifestant de la chaleur, de l’écoute, de la tolérance, de l’empathie et de la bienveillance, plus vous favorisez ses apprentissages et ainsi sa capacité à un jour pouvoir se réguler tout seul. 

Venez approfondir les spécificités des émotions chez le jeune enfant (lien vers atelier émotion) et comprendre pourquoi cette posture est tant recommandée. 

Vos émotions à vous ont elles aussi toute leur place dans ces échanges. Vous pouvez déposer avec des mots simples vos humeurs, votre peur, votre culpabilité ou votre joie et votre hâte. 

Vos vécus n’ont pas à être identiques, ils peuvent cohabiter. S’autoriser à les verbaliser pourra permettre de mieux se comprendre, mais aussi à votre enfant de reproduire cette expression des émotions.

La rencontre

Vient enfin le temps de cette rencontre tant imaginée. 

Les liens de sang et de famille favorisent le lien, bien sûr, mais ce n’est pas ces facteurs qui façonnent la qualité du lien. Un lien, une relation se construit. Étape après étape, jour après jour, on apprend à s’observer, à se connaître, à force de répétition, de temps de qualité, de partage, la relation se crée et l’amour grandit. 

Garder ainsi qu’à l’esprit que la rencontre à la maternité ou lors du retour de la maison ne présage en rien de la relation qu’aura votre enfant avec son frère ou sa sœur à l’avenir. Avoir de grandes attentes pour ce moment n’aura pas d’effet pour leur relation, mais serait cependant à risque pour vous d’être déçu si cela ne se passe pas comme projeté… laissez votre ainé vivre ce moment à sa façon et observez ce moment si spécial. 

Pour tenter de favoriser ce moment tant attendu, vous pouvez prévoir un petit cadeau ou une attention à offrir à votre aîné lors de la rencontre de votre part ou de la part de son petit frère ou petite soeur ; l’idée étant encore une fois de favoriser des associations agréables et positives. 

Lors de l’arrivée, gardez vos bras disponibles afin que votre aîné puisse venir y trouver refuge s’il en ressent le besoin et observez à vos côtés ce petit bébé dans son berceau. 

Rappelez vous, chaque histoire est unique, chaque relation également. L’important est de pouvoir composer cette nouvelle recette tous ensemble, et la ré ajuster quand nécessaire. 

Article rédigé par Charlotte Lefebvre, psychologue chez Yada.